Pensée 18-07
~ Georges Perec, "Les Choses"
“You’re an expatriate. You’ve lost touch with the soil. You get precious. Fake European standards have ruined you. You drink yourself to death. You become obsessed by sex. You spend all your time talking, not working. You’re an expatriate, see? You hang around cafés.
“It sounds like a swell life,” I said. “When do I work?”
“You don’t work.”
~ Ernest Hemingway, "The Sun Also Rises"
Au dessus, deux citations qui me font réflechir profondément. Chaque jour le chômage m’agace, du moment quand les premiers rayons du jour percent mes paupières jusqu’aux sombres heures de la nuit. Et pourtant...
Perec évoke justement le dilemme : comment vivre sans le fardeau du travail ? Je peux constater que je ne travaille pas, pourtant je mange un peu. Sans aucun doute, ce n’est pas le luxe. Mais qui peut définir le luxe ? Pour ceux qui touchent beaucoup de fric par an, selon eux, c’est la maison de vacances, la voiture hyper chère (peu utilisée), quelque chose d’ostentoire pour signaler leur succès.
Je vais ajouter, que’est-ce que le bonheur ? Pour moi, c’est le temps de me reposer au milieu de la journée pour profiter de quelques instants débranchés. Ce que je fais en ces moments-là... je me concentre sur les mots croisés, dépliés et tachés devant une tasse de café. Je fais cela pour me distraire en attendant l’arrivée d’un ami. On discute, on se souvient du temps passé à l’étranger, de la magie de Paris et de l’odeur du métro.
J’arrive à la deuxième citation. Se dire qu’on est expatrié sert a tellement de choses. C’est, avant tout, une excuse pour n’importe quelle paresse qui te mord d’un jour à l’autre. La phrase que je répète constamment : « Je viens de passer 9 mois en Europe. » L’effet de cette phrase sur les visages des américains qui n’ont jamais quitté les USA est semblable à un coup de foudre, qui fait éclater la jalousie. Ils se disent que, malgré leur succès en ce qu’ils font, ils n’ont pas profiter de leur jeunesse. Ils se voient vieillis et incapable de ne plus jamais voyager.
Nier que l’Europe m’a gâté, cela serait une mensonge. Elle m’a tellement séduit que je cherche n’importe quel moyen pour revenir. La vie parisienne de Hemingway m’appelle de loin. Le travail m’intéresse peu, je songe, j’écris, je m’imagine à l’autre coté de l’Atlantique. D’un café à l’autre, je fait des rêves par jour, content d’avoir vécu là-bas, et déterminé de retourner. Est-ce cela le bonheur ?
